Finale du huit lors de la régate royale de Henley en 1936: le FCZ affronte les Britanniques du Leander Club. YouTube

De l’aviron dans un club de football

Autrefois, nombre de clubs sportifs étaient multisports. C’était également le cas du FC Zurich, dont l’ancienne section d’aviron a une histoire particulièrement mouvementée et riche en succès.

Michael Jucker

Michael Jucker

Michael Jucker est historien du sport, directeur de Swiss Sports History et directeur du musée du club de football de Zurich.

La fin du 19e siècle voit la création d’une multitude de clubs de football en Suisse. Un grand nombre de ces clubs réunissaient plusieurs disciplines sportives. Cette pratique permettait de tirer parti de synergies et par exemple d’alterner football lors de la saison froide et athlétisme en été. Tandis que le Grasshopper Club Zurich et Lausanne-Sport, pour ne citer qu’eux, comptent encore plusieurs sports de nos jours, le FC Zurich (FCZ) pratiquait autrefois l’aviron, et avec un succès considérable.
À partir des années 1920, le FCZ proposait des disciplines comme l’aviron et l’athlétisme.
À partir des années 1920, le FCZ proposait des disciplines comme l’aviron et l’athlétisme.
À partir des années 1920, le FCZ proposait des disciplines comme l’aviron et l’athlétisme. FCZ Archiv / FCZ Archiv
La création de la section d’aviron du FCZ en 1920 fut suivie par quelques années difficiles. Les rameurs étaient fortement influencés et encouragés par le constructeur de bateaux Alf Stämpfli, sur la rive gauche du lac de Zurich, où étaient également implantés la plupart des clubs d'aviron déjà établis. Le FCZ ne tarda pas à être reconnu officiellement en tant que dixième club d’aviron zurichois.

En 1923, le club remporta un premier succès international à Liège, en Belgique, lorsque le huit zurichois triompha lors d’une régate sur la Meuse. Réunissant près de 25 personnes, l’équipe avait fait le déplacement à bord d’une voiture de 2e classe des Chemins de fer fédéraux, en suspendant son bateau dans le couloir.
L’aviron compte différentes catégories de bateaux. La distinction porte sur le nombre de rameurs, l’armement du bateau, c’est-à-dire en couple (avec deux rames, ou «pelles», par personne) ou en pointe (une pelle par personne), ainsi que la présence ou non d’un barreur.
 
Entre 1924 et 1972, l’aviron masculin aux Jeux Olympiques comprenait sept catégories:

- Un de couple (skiff)
- Deux de couple (double)
- Deux de pointe sans barreur
- Deux de pointe avec barreur
- Quatre de pointe sans barreur
- Quatre de pointe avec barreur
- Huit de pointe avec barreur
 
Les épreuves féminines ne furent intégrées au programme olympique qu’en 1976.

Des perfor­mances interna­tio­nales de haut niveau

En 1934, les rameurs du FCZ changèrent de technique pour passer du style «orthodoxe», où le tronc reste droit, au style Fairbairn, mis au point par le Britannique Steve Fairbairn. Ce style était plus élégant et moins épuisant. Ce changement s’avéra payant, puisqu’au cours des années suivantes, les Zurichois comptèrent parmi les équipes les plus victorieuses aux championnats suisses. Ils se firent par ailleurs également remarquer sur la scène internationale.
Représentation du style Fairbairn (à gauche) et du style qui l’a précédé (à droite) sur des cartes à collectionner insérées dans les emballages de chocolats Nestlé dans les années 1930.
Représentation du style Fairbairn (à gauche) et du style qui l’a précédé (à droite) sur des cartes à collectionner insérées dans les emballages de chocolats Nestlé dans les années 1930. Hear The Boat Sing
Les années 1935 et 1936 marquèrent l’apogée sportive du FCZ en aviron dans le cadre la compétition la plus prestigieuse au monde à ce jour: la régate royale de Henley, disputée sur la Tamise. En 1935, les Zurichois remportèrent la victoire en quatre de pointe sans barreur et en skiff. L’année suivante, ils réussirent à défendre ces deux titres et à s’imposer également en huit. Ils devinrent ainsi le premier club d’Europe continentale à remporter le traditionnel triplé composé de la Stewards’ Challenge Cup (quatre de pointe sans barreur), de la Grand Challenge Cup (huit) et des Diamond Challenge Sculls (skiff).
 
Ernst Rufli, victorieux en skiff, joua un rôle déterminant dans ce triomphe. Gardien de but du club de football des Blue Stars de Zurich dans sa jeunesse, Rufli avait toutefois aussi déjà remporté de nombreuses courses d’aviron. Il surclassa des pointures internationales lors de la régate royale de Henley et remporta le trophée haut la main.
Les rameurs du FCZ après leur exploit lors de la régate royale de Henley, en 1936. Ernst Rufli (1910–1996) est au centre, tenant en main une petite coupe.
Les rameurs du FCZ après leur exploit lors de la régate royale de Henley, en 1936. Ernst Rufli (1910–1996) est au centre, tenant en main une petite coupe. Hear The Boat Sing
De retour en Suisse, les rameurs victorieux furent acclamés lors d’un défilé triomphal sur la Bahnhofstrasse de Zurich.
De retour en Suisse, les rameurs victorieux furent acclamés lors d’un défilé triomphal sur la Bahnhofstrasse de Zurich. Keystone
En 1936, les Jeux Olympiques devaient se tenir à Berlin. La question de savoir si la Suisse devait participer à ces compétitions, instrumentalisées à des fins de propagande par le régime nazi, fit l'objet de controverses au sein de la classe politique, mais aussi dans la presse et les milieux sportifs. Le débat était marqué d’une part par la perspective de succès sportifs, et d’autre part par la crainte de représailles sur place et de complications diplomatiques.

La décision fut finalement prise de participer à la compétition. Une équipe d’aviron, composée majoritairement de rameurs du FCZ, fut envoyée. On ignore si les rameurs éprouvèrent une certaine gêne à cet égard ou s’ils firent délibérément ou inconsciemment abstraction de la dimension politique de ces Jeux. La délégation suisse se composait d’une équipe solide en quatre avec et sans barreur ainsi qu’en huit, mais aussi en skiff avec Ernst Rufli.

S’ils survolèrent les éliminatoires, les Suisses furent confrontés à des difficultés de taille en finale. Les attentes de l’hôte national-socialiste étaient sans équivoque: pour des raisons de propagande, la Suisse devait s'incliner face une Allemagne triomphante.

La répartition des lignes d’eau s’avéra donc défavorable aux rameurs suisses, relégués à une ligne extérieure exposée à un fort vent latéral. Les Suisses parvinrent malgré tout à décrocher respectivement une médaille d’argent et une médaille de bronze en quatre avec et sans barreur, catégories remportées par les Allemands. Ils n’eurent toutefois pas la moindre chance en huit, l’effort étant tout simplement trop important pour Hermann Betschart, Hans et Alex Homberger et Karl Schmid, qui durent disputer trois courses chacun. Ernst Rufli ne s’en tira pas mieux: son bateau fut également placé sur la ligne extérieure, moins favorable, et se remplit d’eau pendant la course.
Finales olympiques de 1936 dans les catégories quatre sans barreur et huit. Youtube

Sépara­tion des clubs

Peu après leur aventure olympique, il apparut que malgré leurs succès, les rameurs ne jouissaient pas d'une très bonne réputation au sein de leur club. Le FCZ connaissait des difficultés financières qui le forcèrent à vendre le stade du Letzigrund à la ville. Les sections d’athlétisme, de boxe, de tennis de table, de hockey sur gazon et, justement, d’aviron perdirent de leur importance et virent leurs subventions diminuer.
 
Aviron, boxe et hockey sur gazon quittèrent le FCZ au cours de l’hiver 1936/1937, dans le sillage de l’athlétisme qui avait déjà plié bagage en avril 1934. Ces scissions donnèrent naissance à des clubs zurichois d’aviron, d’athlétisme et de boxe qui existent encore de nos jours. Seul le club de hockey sur gazon de Zurich finit par disparaître.
 
La séparation avec le FCZ n’empêcha pas le club d’aviron de Zurich de connaître de grands succès jusqu’à nos jours. Ainsi, si l’histoire aussi brève qu’extraordinaire de la section d’aviron du FCZ s’est achevée, celle de ses rameurs se poursuit.

Swiss Sports History

Ce texte est le fruit d’une collaboration avec Swiss Sports History, le portail consacré à l’histoire du sport suisse. Ce dernier a pour vocation de fournir des services de médiation scolaire ainsi que des informations aux médias, aux chercheurs et au grand public. Pour en savoir plus, rendez-vous sur sportshistory.ch.

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