
Le musée, une réussite mondiale
Avec le nouveau confinement, qui touche également les musées, Hibou Pèlerin est en congé forcé. Il en profite pour lire de nouveaux ouvrages consacrés à l’histoire culturelle. Il a notamment dévoré une histoire mondiale du musée, récemment publiée par Krzysztof Pomian.
Nous les visitons pendant nos loisirs, chez nous et plus encore à l’étranger. Nous les voyons comme des lieux d’instruction, ou tout simplement de distraction, que nous explorons avec notre famille, nos amis, des invités. Les statistiques montrent de façon éclatante leur popularité, mais aussi, de façon indirecte, leur importance, aujourd’hui, en tant que facteurs de localisation. Au cours des dernières décennies et jusqu’à fin 2019, le nombre de visites en Suisse, Allemagne, Italie ou France, soit les plus grands centres touristiques, n’a jamais cessé d’augmenter. Ainsi, la Suisse enregistrait 14 millions de visiteurs, la France 63 millions, l’Allemagne 114 millions, et l’Italie culminait même à 130 millions par an ces derniers temps.

Les origines: la Renaissance romaine
Le magnétisme du musée
De la salle du trésor au musée
Selon M. Pomian, la transition de ces «trésors» ecclésiaux et séculiers aux premières formes du musée a pu s’opérer parce que l’action collectionneuse a été motivée par un nouvel objectif. Les objets de culte enfermés dans les salles du trésor, et rarement montrés aux fidèles, unissaient les hommes au divin invisible. Mais, comme l’illustre la collection du Capitole, la foi en ce divin a été progressivement remplacée par une admiration mondaine envers les productions de la main humaine et de la nature, autrement dit l’art et les curiosités de toutes sortes. Durant la Renaissance, cette représentation du monde empreinte de curiosité l’emporte. Elle est à l’œuvre dans les collections constituées par des érudits comme Pétrarque, ou des souverains et des papes, et qui reflètent cette nouvelle orientation.
Paul Jove, évêque, médecin et favori des papes, est le premier à qualifier sa collection d’art de museo. Le terme vient du grec museion, lieu consacrée aux muses. P. Jove installe son musée dans une villa de Côme, aujourd’hui détruite. Personnage célèbre, son geste attire l’attention et crée des émules. Fait plus important encore que le nom de museo, Paul Jove est le premier à établir un testament imposant stipulant que sa collection soit conservée et rendue accessible «pour le plaisir du public». Ses volontés ne seront pas respectées, mais il a ainsi formulé l’essence même du musée.
Le musée, fenêtre sur le passé et l’avenir
Lieu d’émotions et de discours
Extrêmement détaillée, l’œuvre de M. Pomian, dont la lecture exige une certaine endurance, devrait nous amener jusqu’à l’époque contemporaine. Il propose ainsi une vision extrêmement large, non seulement sur l’étendue de la période considérée, mais aussi sur le domaine de la recherche concernant les collections et les musées, en pleine inflation. Qu’il parle de l’histoire fascinante de la Galerie des Offices, l’une des premières collections ouvertes au public, du roman policier autour de la formidable collection d’œuvres d’art de Charles Ier, disséminée aux quatre vents après la décapitation du monarque anglais et dont les joyaux se retrouvent aujourd’hui dans les plus grands musées d’Europe, de la représentation de l’évolution du jardin botanique devenu musée d’histoire naturelle, le livre de M. Pomian, qui n’est que le premier de la trilogie, suffit déjà à expliquer comment le musée a pu devenir une institution aussi centrale et puissante.


Krzysztof Pomian, Le Musée, une histoire mondiale – Vol. 1: Du trésor au musée

687 pages, nombreuses illustrations, Gallimard, Paris 2020.
L’œuvre n’est actuellement disponible qu’en français.
L’œuvre n’est actuellement disponible qu’en français.


