En 1531, la bataille de Kappel am Albis s’acheva par une cuisante défaite des Zurichois.
En 1531, la bataille de Kappel am Albis s’acheva par une cuisante défaite des Zurichois. Musée national suisse

La seconde guerre de Kappel

En 1531, deux ans après la légendaire soupe au lait, Kappel fut le théâtre d’un nouvel affrontement. Les réformés, définitivement vaincus, durent renoncer à leur rêve d’une Suisse entièrement protestante.

Andrej Abplanalp

Andrej Abplanalp

Historien et chef de la communication du Musée national suisse.

Les Zurichois sont les Suisses les plus rapides. C’est du moins ce que prétend un cliché bien connu. Ce ne fut pourtant pas le cas le 11 octobre 1531. On ne pouvait certes pas parler de Suisses à cette époque, mais d’autres furent tout de même plus rapides, comme les Lucernois, les Uranais ou les Schwytzois, qui infligèrent aux Zurichois une terrible défaite. Des centaines d’hommes moururent, parmi lesquels le réformateur Ulrich Zwingli. Mais commençons par le commencement...
Zwingli mourant à Kappel, 1531. Gravure du XIXe siècle.
Zwingli mourant à Kappel, 1531. Gravure du XIXe siècle. Musée national suisse
La seconde guerre de Kappel se déroula dans la continuité de la première guerre de Kappel, qui s’était conclue en 1529 par des négociations de dernière minute et un repas devenu légendaire, la fameuse soupe au lait de Kappel. Mais deux ans plus tard, la diplomatie et la gastronomie ne furent d’aucun secours. Les divergences entre catholiques et protestants étaient trop importantes, les compromis désormais impossibles. Les hostilités éclatèrent donc en octobre 1531, à Kappel am Albis. Les choses avaient pourtant bien commencé. Alors que la moitié de l’Europe se déchirait dans des guerres de religion, les Confédérés, eux, étaient parvenus à une entente en 1529. L’avenir de la Confédération était assuré, du moins pour une courte période. Si l’idylle tourna court, c’est principalement à cause d’Ulrich Zwingli. Le réformateur zurichois voulait en effet étendre la nouvelle religion à l’ensemble de la Confédération et pour lui, tous les moyens étaient bons, y compris la guerre. Ce projet suscitait pourtant des doutes jusque dans le camp réformé. Berne, par exemple, allié le plus proche et le plus puissant de Zurich, se montrait sceptique. Les Bernois avaient certes participé à un embargo alimentaire contre les cinq cantons catholiques de Lucerne, Uri, Unterwald, Schwytz et Zoug, mais le conflit armé leur semblait extrême, en tout cas au début. Il faut dire aussi que la ville-État nourrissait des rêves d’expansion en Suisse romande et gardait donc toujours un œil sur la Suisse romande.
Zwingli fait ses adieux à sa famille avant la bataille de Kappel am Albis en 1531. Gravure du XIXe siècle.
Zwingli fait ses adieux à sa famille avant la bataille de Kappel am Albis en 1531. Gravure du XIXe siècle. Musée national suisse
Cet embargo alimentaire, qui consistait à empêcher l’approvisionnement en grains et en sel, avait pour but de contraindre les catholiques à changer de confession. Or ce fut l’inverse qui se produisit. Dans les cinq cantons, il ne fit qu’attiser encore plus la haine contre la nouvelle religion. Les points de vue des deux camps étaient de plus en plus divergents. Sous l’égide de Zwingli, Zurich faisait pression pour une nouvelle offensive, mais se trouvait cette fois isolée. Berne et les autres alliés réformés – Saint-Gall, Bâle, Schaffhouse, Bienne et Mulhouse – voulaient poursuivre les négociations. Les désaccords entre protestants profitèrent aux catholiques et eurent de lourdes conséquences pour Zurich. Le 11 octobre 1531, près de 2000 Zurichois affrontèrent à Kappel am Albis une armée catholique nettement supérieure en nombre qui comptait pas moins de 7000 soldats. Les cinq cantons attaquèrent et dispersèrent les réformés. Plus de 500 Zurichois moururent, dont Ulrich Zwingli.
Défense héroïque du drapeau zurichois. Représentation du XIXe siècle.
Défense héroïque du drapeau zurichois. Représentation du XIXe siècle. Zentralbibliothek Zürich
L’hésitation des alliés n’est cependant pas la seule explication à cette cuisante défaite. Zurich portait sa part de responsabilité car, entre les deux guerres de Kappel, elle avait mené une politique qui avait affaibli son pouvoir militaire. En 1529, une nouvelle ordonnance militaire avait réduit les troupes armées et revu les soldes à la baisse. La fin du mercenariat, désormais interdit, laissait un vide de plus en plus envahissant. Il manquait à l’armée zurichoise l’expérience et la connaissance du champ de bataille ainsi que des unités aguerries, de fins stratèges et de jeunes et braves soldats, capables d’oublier parfois les plans et les ordres, afin de profiter d’une occasion unique de prendre l’ennemi par surprise. De plus, elle avait sous-estimé l’ardeur guerrière et la puissance des mercenaires qui avaient fait la réputation des Confédérés partout en Europe.

Une attaque-surprise en pleine nuit

La bataille de Kappel était terminée, mais la guerre continuait. C’est alors que les Bernois entrèrent en scène. Avec les soldats de Saint-Gall, de Thurgovie, de Schaffhouse ou de Toggenburg, ils formèrent rapidement une puissante armée. Les quelque 5000 hommes qui la composaient marchèrent en direction de Zoug, traversant et pillant la vallée de la Reuss. Les troupes des cinq cantons, largement inférieures en nombre, durent battre en retraite dans les collines environnantes, mais ils ne s’avouèrent pas vaincus. Bien au contraire! Près de 700 catholiques lancèrent une attaque-surprise en pleine nuit, infligeant une seconde défaite aux Zurichois et mettant fin au conflit qui durait depuis 1529. Curieusement, cette offensive, menée par des soldats jeunes et fougueux, n’avait pas été décidée de manière concertée par les cinq cantons catholiques. Ces guerriers avaient juste saisi l’occasion qui s’était présentée. Or c’est cette part de risque, d’aventure et de rêve de gloire qui faisait défaut aux Zurichois. Leur offensive fut décisive et aboutit à la seconde paix de Kappel qui règla les rapports entre catholiques et protestants jusqu’au début du XVIIIe siècle. En outre, ce traité fixa les contours de la carte confessionnelle de la partie germanophone de la Confédération, sans pour autant mettre un terme aux hostilités entre les deux religions...
Signée en 1531, la seconde paix de Kappel a réglé les relations entre catholiques et protestants.
Signée en 1531, la seconde paix de Kappel a réglé les relations entre catholiques et protestants. Staatsarchiv des Kantons Zürich

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