
Dans l’œil d’Alexandre Calame
Alexandre Calame est considéré comme l’un des pères de la peinture alpestre, glorieuse renommée acquise grâce à un violent orage.
Nombreux furent les admirateurs à se jeter aux pieds du peintre Alexandre Calame (1810-1864) lorsqu’il présenta pour la première fois son «Orage à la Handeck» à Genève en 1839. La plupart de ses contemporains ne connaissaient en effet les montagnes que de loin. En comparaison à aujourd’hui, les images en tous genres étaient rares, tandis que la photographie, tout juste inventée, était encore loin d’être un média de masse. Pourtant, cette œuvre pompeuse au cadre doré opulent, véritable pièce maîtresse du Musée d’Art et d’Histoire de Genève, parvient encore à nous captiver tant elle nous plonge au cœur de l’action.


Au premier abord, il serait tentant de qualifier la représentation de Calame de «réaliste». Pourtant, son «orage» se révèle rapidement être une mise en scène calculée jusque dans les moindres détails et construite avec brio. Outre le format, qui nous plonge dans la scène, c’est surtout l’angle de vue choisi qui accentue l’effet. L’artiste fait de nous des observateurs privilégiés: nous nous trouvons en effet aux premières loges, tout près de l’action, au bord du torrent. Le peintre n’avait-il pas lui aussi installé son chevalet à cet endroit? Alexandre Calame est le héros invisible mais bien réel de la scène, car il a manifestement bravé les conditions les plus hostiles pour satisfaire notre curiosité. Néanmoins, outre les conditions météorologiques défavorables, le format du tableau, peu propice au transport, détruit l’illusion de la peinture en plein air avec laquelle Calame tente de nous tromper.
En réalité, «l’orage» d’Alexandre Calame n’est autre que le fruit d’un travail réalisé dans son atelier. Le peintre noircissait chaque année ses carnets de croquis lors de ses randonnées estivales en montagne et s’en servait ensuite de base pour ses peintures. Il n’a cependant guère connu les œuvres un peu plus anciennes et encore plus audacieuses de J. M. W. Turner, comme son tableau d’une avalanche (exposé pour la première fois en 1810) ou sa représentation d’Hannibal traversant les Alpes, l’artiste ayant seulement acquis sa renommée internationale lors de l’ère impressionniste.


