
Tout nu et tout bronzé
Le naturopathe Arnold Rikli est une figure qui polarise l’opinion. Au XIXe siècle, il crée son propre sanatorium où il propose des formes de thérapie holistique basées sur la nudité. Le lieu, qui ne voit pas le jour en Suisse mais dans l’actuelle Slovénie, a inspiré d’autres projets, comme le Monte Verità.
Fort de ce constat, Rikli s’intéresse aux vertus curatives de l’eau, de l’air et du soleil. Pour se soustraire à l’autorité paternelle, il se marie à 21 ans et s’expatrie un an plus tard. En 1845, il fonde avec ses frères Karl et Rudolf une teinturerie de fils à Seebach en Haute-Carinthie. Là aussi, il se sent davantage attiré par la naturopathie et «l’art de l’hydrothérapie», selon ses propres mots: «J’ai commencé à donner des conseils de traitements hydrothérapeutiques à nos employés malades». Il expérimente toutes sortes de nouveaux appareils et conçoit un dispositif original de traitement par la vapeur pour lit, ce qui lui vaut d’être surnommé le «médecin de l’eau» dans les environs. Les premiers résultats satisfaisants de son approche le poussent à vouloir s’y consacrer entièrement.
Le «docteur soleil», comme on le surnomme, reçoit toujours ses hôtes pieds nus et peu vêtu. Certaines photos le montrent portant uniquement un pantalon léger ressemblant à un lange en tissu. Ce qui pourrait paraître aujourd’hui étrange ou saugrenu était à l’époque controversé et audacieux. Rikli est un véritable pionnier de la culture de la nudité, bien avant l’avènement du naturisme et du nudisme. Ses cures reposent sur les bienfaits combinés de l’eau, de l’air et de la lumière, censés rétablir l’équilibre entre le corps et l’esprit. Rikli résume son approche dans une devise:
De l’eau, c’est bien, mais ça ne fait pas tout, l’air est encore meilleur et la lumière est le plus grand atout!
Il commet en outre de nombreuses erreurs. Surestimant ses compétences, il traite également des pathologies graves, face auxquelles ses thérapies échouent: des malades de la variole meurent même sous ses soins. Circonspect vis-à-vis de la médecine officielle, qu’il qualifie de «fantastique doctrine thérapeutique», il réfute l’efficacité des vaccins, considère les opérations inutiles et doute de la valeur des études scientifiques.
Il fait l’objet de critiques récurrentes par les médecins et est même assigné en justice. Ses adversaires ne le surnomment pas le «docteur soleil» mais le «docteur fou». Rikli n’en a cure, il relaie ses idées parfois simplistes dans des publications médicales largement diffusées. Il résume ainsi le combat de sa vie: «Le peuple serait en bien meilleure santé si nous n’avions pas de médecins.»
Les disciples du Monte Verità
Alors que le Monte Verità gagne en popularité à l'international, le sanatorium de Rikli à Bled sombre dans l’oubli après l’effondrement de la monarchie danubienne et l’apparition du rideau de fer. Ces dernières années, la situation a cependant changé: la Slovénie a déployé de nombreux efforts pour relancer le tourisme, également auprès des Suisses.




