
Jakob Ziegler: pionnier de l’industrie et self-made man
Originaire de Winterthour, Jakob Ziegler (1775–1863) compte parmi les pionniers de l’industrie les plus remarquables de Suisse et revêt une grande importance dans l’histoire culturelle et industrielle de la région de Schaffhouse.
Né le 23 juillet 1775 à Winterthour, fils de Johann Heinrich Ziegler (1738–1818) et de Verena Biedermann (1734–1801), Jakob Ziegler grandit avec ses deux sœurs au sein d’une famille aisée et respectée de la classe supérieure de Winterthour. Son père, polymathe haut en couleur, exerça notamment les professions de théologien, médecin, chimiste et entrepreneur. En 1778, il fit notamment partie des fondateurs du Laboratorium de Winterthour-Neuwiesen, première usine chimique de Suisse.
On sait que peu de choses de la formation de Jakob Ziegler, qui suivit des cours privés en parallèle de l’école publique. Il fit ses premières expériences professionnelles au sein des établissements de son père, et étudia probablement la chimie auprès d’Henri Struve à Lausanne durant les années 1790. S’engageant dans la vie musicale de sa ville natale, il devint également membre de la Société helvétique de correspondance entre médecins et chirurgiens et fut nommé membre extraordinaire de la Société des sciences naturelles de Zurich en 1801. Il fut par ailleurs actif dans les domaines de la politique scolaire, municipale et commerciale, et devint député au Grand Conseil zurichois à partir de 1814.
Tout en travaillant pour son père, Jakob Ziegler se consacra dès 1797 à la production et à la commercialisation d’eau minérale. L’un des grands défis de cette entreprise résidait dans la fabrication de bouteilles en verre et de chopes en céramique prêtes à être remplies. L’eau minérale était aussi bien vendue directement à l’échelle locale, que par l’intermédiaire de distributeurs. En 1801, il disposait ainsi de points de vente à Aarau, Berne, Berthoud, Constance, Lindau, Lucerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Winterthour et Zurich. Jakob Ziegler fit même le pari de se lancer à l’étranger, collaborant avec l’entrepreneur français Bonjour pour créer en 1824 à Paris une filiale qui prospéra jusque dans les années 1830.
Toute sa vie, Jakob Ziegler ne cessa d’alimenter la collection de spécimens de flore et de faune de son père. Il fit ajouter un étage à sa propriété «Oberer Steinberg» de Winterthour où, à partir de 1823, il rendit accessible gratuitement au public sa collection d’oiseaux empaillés, de minéraux, de fossiles et d’instruments scientifiques.
Jakob Ziegler se maria à trois reprises. En 1798, il épousa Elisabeth Hegner (1780–1800), fille de l’avoyer de Winterthour. Après la mort prématurée de celle-ci, il épousa en 1801 Ludovika Steiner (1780–1836) et changea son nom en Ziegler-Steiner. En 1839, il se maria en troisièmes noces avec Fanny Pellis (1796–1862), sur quoi son patronyme devint Ziegler-Pellis.
Implantation à Schaffhouse
Les conditions topographiques et structurelles du quartier industriel de Mühlenen imposaient des contraintes strictes aux projets du fondateur de la manufacture Ziegler. En 1831, il s’étendit sur la rive zurichoise du Rhin, construisant sur le territoire de la commune de Flurlingen un complexe de bâtiments qui disposait de son propre canal et d’une centrale électrique. Une liaison par ferry assurait le flux de marchandises et de personnes entre les deux sites de production avant la construction d’une passerelle en bois en 1860.
Vers 1838, Ziegler entama une coopération avec le sculpteur schaffhousois Johann Jakob Oechslin (1802–1873) qui réalisa pour lui des œuvres exceptionnelles en terre cuite. De magnifiques fonts baptismaux octogonaux de style néogothique et de plus d’un mètre de haut suscitèrent l’admiration lors de la première Exposition universelle à Londres en 1851. Jakob Ziegler se fit lui-même immortaliser dans l’argile par le sculpteur.
Une spectaculaire affaire judiciaire
De mortuis nil nisi bene





