
Quand les Grisons interdirent la voiture
Dans le canton des Grisons, les voitures furent interdites entre 1900 et 1925. Neuf votations populaires furent nécessaires pour que cela change.
En 1968, dans son ouvrage Der Kampf ums Automobil in Graubünden («La bataille de l’automobile dans les Grisons»), le médecin de campagne Rudolf Campell se remémora un spectacle insolite au tournant du siècle: l’apparition d’un véhicule à moteur tiré par deux chevaux de trait dans le village de montagne de Celerina, en Engadine. Se rendant d’Autriche en Italie, son conducteur avait décidé de gagner du temps en passant par l’Engadine. Arrivé dans la commune frontalière de Martina, il apprit que les automobiles étaient interdites dans tout le canton. Il dut alors troquer ses chevaux-vapeur contre deux de leurs ancêtres quadrupèdes.
Dans un premier temps, de nombreux sites touristiques furent également favorables à l’interdiction: «Les voyageurs en provenance de Hambourg, Berlin ou Londres en quête de calme et de tranquillité ne veulent pas de la frénésie d’une métropole durant leur séjour estival, d’automobilistes fonçant à toute allure, d’aventuriers qui évincent les habitués, d’engins qui soulèvent la poussière et qui sentent mauvais», lisait-on. Parmi les vacanciers inquiets se trouvait également Wilhelm Conrad Röntgen (1845-1923), qui passait régulièrement ses vacances à Pontresina avec sa femme entre 1893 et 1913.
Un entretien des routes très onéreux
La résistance ne se limita par ailleurs pas aux Grisons. Le canton d’Uri décréta par exemple une interdiction de circulation sur ses routes alpestres en 1901. Le col du Gothard ne fut ouvert aux véhicules à moteur qu’en 1906, quelques heures par jour. Cette limitation perdura jusqu’en 1917. D’autres cantons encore avaient mis en place des interdictions de circuler le dimanche. D’importantes différences entre les cantons sont toutefois à relever: en Suisse romande, particulièrement à Genève, la perception de l’automobile était beaucoup plus positive qu’en Suisse alémanique. Cela s’explique entre autres par la proximité géographique avec la France, où la voiture a pu s’établir très tôt.


