
Un voyage à travers la Suisse en 1608
Consommation d’alcool, bains publics, mode, rapport à la mort: les étonnantes observations de Thomas Coryate (1577 - 1617), explorateur anglais qui visita la Suisse au début du XVIIe siècle.
Il y avait cependant déjà quelques pionniers qui, mus par la curiosité et la soif d’aventure, partaient explorer des pays étrangers. C'est le cas de l’Anglais Thomas Coryate (1577 - 1617), que ses pérégrinations à travers l’Europe amenèrent à visiter la Confédération en 1608. Un bref compte rendu de voyage, pittoresquement intitulé Coryats crudities: Hastily gobled up in five moneths travells [...] (en français, «Les crudités de Coryate: avalées à la hâte au cours d’un voyage de cinq mois [...]»), nous livre ses observations. Publié en 1611, cet opuscule était dédié à son protecteur, le prince anglais Henry Frederick.
La Suisse ne représente donc qu’un tout petit épisode du grand périple de Thomas Coryate autour du monde. Il n’a passé qu’une bonne dizaine de jours dans la Confédération et dans la région des Grisons. Ses notes ne s’intéressent qu’aux principales étapes de son voyage: Coire, Walenstadt, Zurich, Baden, Rheinfelden et Bâle. Et contrairement aux écrivains voyageurs qui lui succèderont, Coryate ne s’intéresse pas aux paysages offerts par la nature indemne, mais à la vie quotidienne des Suisses et des Suissesses.
Un des récits les plus fameux de Coryate relate sa visite de l’arsenal de Zurich. Un étudiant lui sert de guide, lui présentant, outre le stock d’armes du moment, quelques «antiquités». Outre des flèches, des bannières et des étendards utilisés, lui dit-on, par les Helvètes dans leur combat contre Jules César, l’Anglais découvre l’épée de Guillaume Tell. C’est une collection bien extraordinaire que celle que l’arsenal abrite, notamment quand on sait que les objets hérités du Ier siècle avant J.C. sont extrêmement rares et que Guillaume Tell est un mythe. Quoi qu’il en soit, le crédule Anglais semble avoir été impressionné par ce qu’il a vu. En effet, à la suite de cette visite, Coryate s’est senti chargé de raconter le mythe de la fondation de la Suisse, pomme et serment du Rütli compris, rédigeant par la même occasion le premier récit en anglais de la légende de Guillaume Tell. Il avait cependant un petite critique à formuler: plutôt que l’épée de Guillaume Tell, il aurait préféré voir la flèche avec laquelle le fin tireur aurait abattu le tyran Gessler.
Me thinks it had beene much better to have reserved the arrow with which [Tell] shot through the tyrant, then the sword that he wore.
A man may live as cheape here as in any City of Switzerland or Germanie.
Men and women bathing themselves together naked from the middle upward in one bathe: whereof some of the women were wives (as I was told) and the men partly bachelers, and partly married men, but not the husbands of the same women.
I observed many women of this Citie to be as beautifull and faire as any I saw in all my travels.


