
La liberté de religion, hôte étranger dans nos vallées
La Constitution fédérale n'est devenue laïque qu'en 1874, avec l'octroi de la liberté de religion à la minorité juive. Aujourd'hui, la Constitution fédérale comporte encore deux articles d'exception contre la minorité musulmane.
La Constitution fédérale de 1848 plaçait déjà la liberté politique au-dessus de la liberté de religion. Elle avait tout de même mis sur un pied d’égalité les confessions et les citoyens chrétiens. Cela signifie que les catholiques dans les cantons protestants et les protestants dans les cantons catholiques disposaient de la même liberté d’établissement et de croyance, ainsi que des mêmes droits politiques. La forte campagne d’opposition qui s’éleva en été 1848 montre l’énorme avancée que cela représentait. À Uri, un ancien landamman alerta sur le fait qu’«à l’avenir, les protestants auraient le droit de prêcher dans les rues d’Altdorf.» À la Landsgemeinde de Nidwald, on allégua que «les catholiques allaient être dominés par des protestants.» À Zoug, des prêtres présagèrent que les «catholiques devraient renoncer à leur foi et se convertir au protestantisme.»
La résistance opposée aux citoyens d’autres confessions, également vécue dans les régions protestantes, explique en grande partie les entraves à la participation politique subies par plusieurs nouveaux arrivants dans les communes. Les communes bourgeoises furent remplacées ou complétées par les communes politiques après la première révision totale de la Constitution, confortant ainsi les minorités confessionnelles. Les institutions modernes garantissaient plus l’égalité des droits religieux que les institutions traditionnelles.
L'exclusion de la minorité juive de tous les droits susmentionnés était l’une des plus grandes faiblesses de la Constitution fédérale de 1848. En Argovie, l’égalité des droits des juives et des juifs qui y vivaient à l’époque, c’est-à-dire un tiers des 4216 juives et juifs du pays, fut fortement rejetée en 1862. Le principal porte- parole du mouvement antisémite Mannlisturm était aussi à la tête de l’Association Pie IX, ainsi nommée en l’honneur du souverain pontife de l’époque. Les principes programmatiques de la lutte contre l’émancipation de la population juive étaient les suivants: «Les juifs ne peuvent être ni nos concitoyens ni nos compatriotes. Historiquement, la Suisse est une patrie chrétienne.»
Depuis les années 1970, la société suisse a connu une forte sécularisation, mais aussi une pluralisation en matière de religion. Cette évolution n’a eu aucune influence sur la nouvelle Constitution fédérale de 1999. En effet, la seule modification en matière de politique religieuse a été la réintroduction de l’éligibilité des ecclésiastiques au Parlement. L’article sur les diocèses a été abrogé en 2001, avec 64 % de voix favorables. Un tiers des catholiques, devenus méfiants envers la hiérarchie, en particulier les femmes, avaient voté contre.
À peine libérée des articles d’exception sur la question religieuse, la Constitution a dû en intégrer deux nouveaux: en 2009, l’électorat suisse a accepté à 58 % l’initiative populaire contre la construction de minarets et, en 2021, à 51 % l’interdiction de la burqa. Bon nombre de Suissesses et de Suisses ont encore des réserves vis-à-vis de la liberté et de la tolérance religieuse.
La liberté de conscience et de croyance est inviolable.


