
L’ère juridique vaudoise
Sept des 36 premiers conseillers fédéraux étaient vaudois. Et tous étaient avocats. Cela n'a rien d'étonnant, car la jurisprudence avait une grande importance dans l'ouest de la Suisse.


Droit pénal, droits fondamentaux garantis par les Constitutions successives, droit fiscal, droit rural, droit des affaires, droit administratif, tous les aspects de l’art furent pensés, débattus, affirmés et contestés à maintes reprises au cours du long duel politique que Libéraux et Radicaux se livrèrent des décennies durant, et dont les principaux orateurs furent des avocats. Suprême symbole venant couronner l’excellence vaudoise en matière de droit, l’établissement, au travers de la Constitution fédérale de 1874, du Tribunal fédéral à Lausanne.
1898, l’année du destin
C’est Auguste Dupraz qui en fut nommé le premier président ; président et non pas Bâtonnier ! Tel avait été le vœu des fondateurs, exprimé dans l’article 4 des Statuts de l’Ordre, qui sans doute avaient préféré une terminologie plus associative que corporatiste. Durant la première partie du XXème siècle, la compétition grandissante entre les avocats et les autres praticiens de la justice, tant vaudois que confédérés, viendrait nourrir un sentiment d’urgence et de défense de la profession, suscitant une posture plus élitaire de la part de l’Ordre. Les débats en son sein portèrent ainsi à maintes reprises tant sur l’appellation du Bâtonnier que sur les ordonnances vestimentaires des avocats lors des plaidoiries, tant il est vrai que la «tradition» revêtait au XXème siècle une importance aussi grande qu’au cours du XIIIème siècle.
En mars 1917, l’ancien Bâtonnier Aloïs de Meuron (1854-1934) alla même jusqu’à s’élever au sein du Conseil national, dont il était membre depuis 1899, contre les déportations en Allemagne de civils français et belges et prononça un discours qui n’est pas sans rappeler dans l’esprit celui d’André Malraux en 1964, et qui aurait eu le mérite de recevoir la consécration de l’Histoire : «Il faut savoir placer les intérêts moraux au-dessus des intérêts matériels. Et puis, à ceux qui ont peur, nous dirons qu’il ne faut jamais hésiter à remplir un devoir moral de la conscience supérieure quelles qu’en puissent être les conséquences». Cet esprit allait également s’exprimer au cours de la Seconde guerre mondiale, la question juive suscitant de vifs débats au sein de l’Ordre, notamment entre Marcel Regamey, fondateur du Mouvement de la Renaissance Vaudoise, et l’ancien Bâtonnier Charles Gorgerat. L’Ordre allait opter pour une résistance passive aux préjugés qui animaient alors de nombreuses personnes, tout en évitant prudemment de se prononcer sur les mesures prises par l’administration vaudoise.


